Cette semaine, mon enfant, qui est à l’université, fêtait son anniversaire loin de la maison. Comme je ne pouvais pas être avec lui, j’ai décidé de lui faire livrer un gâteau, quelques cadeaux et de la nourriture.
Et c’est là que les tips ont commencé.
Je commande le gâteau en ligne : on me demande un pourboire pour la livraison.
Et bien sûr, je donne un bon pourboire ! Pourquoi ? Parce que c’est le gâteau d’anniversaire de mon enfant et que, dans ma tête, je me dis : « Je ne vais quand même pas prendre le risque que quelqu’un soit mécontent de mon tip et fasse je ne sais quoi avec le gâteau de mon enfant ! »
Oui, je sais, c’est peut-être irrationnel. Mais voilà où nous en sommes : on finit parfois par donner un tip non pas parce qu’on veut récompenser un service exceptionnel, mais simplement parce qu’on se sent obligé de le faire.
Ensuite, je commande de la nourriture et quelques produits dans un magasin pour les faire livrer à mon enfant : encore un tip.
Puis je passe une commande sur Amazon et, là encore, on me propose de laisser un tip au chauffeur.
Et là, je me suis dit :
« Mais attendez… ça va jusqu’où, cette histoire de tips ? »
Le gâteau : tip.
La nourriture : tip.
La livraison : tip.
Amazon : tip.
À un moment donné, ça commence à faire beaucoup !
Et c’est précisément cette succession de demandes de pourboires qui m’a donné envie d’écrire ce billet.
Parce que lorsqu’on arrive aux États-Unis, il y a beaucoup de choses auxquelles il faut s’adapter. Mais il y en a une dont on parle beaucoup moins : le choc des tips, les fameux pourboires américains.
Ces fameux pourboires que l’on vous demande désormais presque partout.
Pour moi, le principe du pourboire était pourtant très simple : quelqu’un vous rend un bon service, vous êtes satisfait et vous voulez le remercier. Vous lui donnez un pourboire.
Mais aux États-Unis, j’ai découvert que ce n’était pas tout à fait comme ça.
Ici, le tip n’est pas toujours simplement un geste de remerciement. Dans certaines situations, il est presque devenu une obligation sociale.
Et c’est là que je me pose la question : le pourboire est-il en train de devenir une sorte de taxe déguisée ?
Au restaurant, on finit par s’adapter
Prenons les restaurants.
Quand vous arrivez aux États-Unis, vous apprenez rapidement qu’il est attendu de laisser un pourboire au serveur. On vous explique que certains employés comptent sur les tips pour compléter leur rémunération.
Avec le temps, on s’adapte.
Moi aussi, aujourd’hui, je laisse mon pourboire au restaurant.
Mais une question continue de me déranger :
Pourquoi est-ce au consommateur de compléter le salaire d’un employé ?
L’employé travaille pour le restaurant. Le restaurant fixe ses prix et décide de sa rémunération. Le client, lui, paie déjà son repas.
Alors pourquoi est-ce encore au client de compléter le salaire ?
Mais maintenant, on nous demande des tips partout !
C’est surtout là que, pour moi, le système devient difficile à comprendre.
Vous achetez un café : tip ?
Vous commandez quelque chose au comptoir : tip ?
Vous prenez votre nourriture à emporter : tip ?
Vous utilisez un service de livraison : tip ?
Et puis arrive ce fameux moment…
Vous sortez votre carte pour payer. La personne tourne l’écran vers vous et vous voyez :
15 % ? 20 % ? 25 % ?
Et vous vous demandez :
« Mais qu’est-ce que je suis exactement en train de tipper ? »
Personne n’est venu prendre votre commande à table. Vous avez commandé au comptoir. Vous allez récupérer vous-même votre nourriture. Parfois, vous allez même débarrasser votre table.
Mais on vous demande quand même un pourboire.
Et si vous appuyez sur « No Tip », il y a parfois ce petit moment de gêne.
Bienvenue aux États-Unis !
À quel moment le pourboire a-t-il cessé d’être vraiment volontaire ?
Soyons clairs : je ne suis pas contre les pourboires.
Si quelqu’un me rend un excellent service, je suis tout à fait contente de lui donner quelque chose en plus.
Ce qui me dérange, c’est quand le pourboire cesse progressivement d’être volontaire.
Un tip devrait vouloir dire :
« Merci, j’ai apprécié votre service. »
Pas :
« Si vous ne laissez pas 20 %, vous devez vous sentir coupable. »
Parce qu’à partir du moment où tout le monde considère que vous devez payer 18 %, 20 % ou 25 % supplémentaires, je me demande : est-ce encore vraiment un pourboire ?
Une taxe déguisée ?
Bien sûr, un pourboire n’est pas juridiquement une taxe.
Mais du point de vue du consommateur, je comprends pourquoi on peut parfois avoir cette impression.
Vous voyez un prix affiché.
Puis vous ajoutez la taxe.
Parfois des frais de service.
Parfois des frais de livraison.
Et ensuite : le tip.
Finalement, le montant que vous payez peut être très différent du prix que vous aviez en tête au départ.
Et surtout, la pression sociale donne parfois l’impression que cette dépense supplémentaire n’est plus vraiment facultative.
Et les employeurs dans tout ça ?
C’est probablement la question qui me dérange le plus :
À quel moment avons-nous accepté que ce soit au consommateur de compléter la rémunération décidée par l’employeur ?
Au lieu de demander :
« Pourquoi cette entreprise ne paie-t-elle pas mieux ses employés ? »
on demande au client :
« Combien allez-vous laisser ? 18 %, 20 %, 25 % ? »
La responsabilité se déplace progressivement de l’employeur vers le consommateur.
Et personnellement, je trouve cela problématique.
Moi, cela commence à changer mes habitudes
Aujourd’hui, cette culture du tip influence même certaines de mes décisions.
Pour certaines choses, je préfère faire moi-même.
Je vais chercher ma nourriture. Je fais mes courses. Je limite certains services de livraison.
Ce n’est pas simplement pour économiser quelques dollars.
C’est aussi une question de principe.
Je veux pouvoir donner un pourboire parce que j’ai apprécié un service, pas parce qu’un écran me fait comprendre que je devrais avoir honte d’appuyer sur « No Tip ».
Alors, si vous venez d’arriver aux États-Unis, préparez-vous au choc des tips !
Vous finirez probablement par vous adapter à certaines règles, comme je l’ai fait au restaurant.
Mais peut-être qu’un jour, vous aussi, vous vous retrouverez devant cet écran proposant 18 %, 20 % ou 25 %, avec une seule question en tête :
« Attendez… pourquoi est-ce que je dois laisser un tip cette fois-ci ? »
Et vous, francophones installés aux États-Unis : vous vous êtes habitués au système des tips ou, même après plusieurs années, cela vous énerve toujours autant ?




